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Pirou à votre façon


Roman collectif à choix multiples écrit l’après-midi, intégrant les mots ou les phrases saisis pendant la promenade du matin.

Chapitre I (Cyrille)

Pirou, ses huîtres, ses crevettes, sa plage. Pirou, cité balnéaire du Cotentin.
Pirou, son bourg, son pont, sa lande, sa forêt.
Pirou, centre du monde, le temps d’un été oulipien.

On pourrait croire Pirou désert dix mois sur douze, ou occupé simplement par quelques indigènes amoureux d’une haie, d’un coin de nature, passant leur temps à observer, à s’extasier devant les miracles de la nature. Erreur magistrale ! À Pirou, landes et forêts sont occupées par les derniers rejetons du peuple pirouin, réduits à survivre sur quelques hectares.

Les Pirouins : petits êtres simples, hauts de quelques centimètres, de culture tout aussi simple…

Les Pirouins vivent de ce que leur offre la forêt : champignons, grenouilles, pissenlits. Ils passent le plus clair de leur temps à bavarder, manger ou à se reproduire. Le reste du temps, ils font autre chose.

Lorsqu’un Pirouin ou une Pirouine, parti cueillir quelque herbe, fruit ou plante, ne revenait pas au village, on accusait les Goublins. Au moindre malheur, au plus simple incident aussi d’ailleurs : le reste de salade avait-il disparu ? la cuisse de grenouille réservée au chef avait-elle été mâchouillée avant le repas ? C’étaient les Goublins ! Bref, tout ce qu’on pouvait savoir des Goublins (qu’on n’avait jamais vus) c’était qu’ils avaient le dos large.

A - Voulez-vous qu’une avant-garde pirouine se rende à la Boulangerie de Pirou-Plage ? Lisez Jacqueline !

B - Préférez-vous qu’un marcheur illustre, un élu, un notable écrase un Pirouin d’une sandale ferme et malintentionnée ? Lisez Roxane !

Chapitre II – A (Jacqueline)

Allons-y ! Sus aux Goublins, cria le chef des Pirouins, dit Pissedret car il pouvait produire un jet d’au moins dix centimètres par-dessus une lobélie. La bannière des Pirouins flottait haut par-dessus la bruyère. On se relayait pour la porter au-dessus des obstacles : embourbés dans les traces de sanglier ou perdus dans les lambeaux de brume, le petit peuple se raccrochait au symbole d’azurée soulevant un bulot, trésor mémorable de la tribu.

C - Voulez-vous que les Pirouins ne trouvent pas la boulangerie ? Lisez Coraline !

D - Préférez-vous que la boulangerie soit tenue par les Goublins ? Lisez José !

Chapitre II – B (Roxane)

Aujourd’hui, Maurice Haudegarde était d’humeur massacrante, et même cruelle. En effet, aujourd’hui, c’était le troisième jeudi du mois, inutile de vous dire à quel point ce jour pouvait énerver Maurice !

En tout cas, la veille, aucune course n’avait été faite, il n’y avait plus de café ni de biscuits Gerblé anti-hypoglycémiques dans les placards, plus de lait ni de jus de fruit dans l’armoire froide et blanche de la cuisine.

Donc Maurice, ce matin, se leva du pied gauche, se disputa avec sa femme, comme tous les troisièmes jeudis du mois, ne put déjeuner, donc jeûna, comme tous les troisièmes jeudis du mois, enfin, il se décida à prendre l’air, pour se rafraîchir les idées. Mais il faisait chaud et humide, quelle journée !!!

Maurice partit alors dans la forêt, à l’ombre des arbres, comme tous les troisièmes jeudis du mois, il donna du pied dans plusieurs branches, herbes et cailloux, et écrasa un Pirouin comme tous les troisièmes jeudis du mois. Cela ne le fit pas rire, comme tous les troisièmes jeudis du mois. Cela ne le fit pas rire, puisqu’on était le troisième jeudi du mois !

Il transporta son Pirouin au cœur de la forêt, là où il avait exposé tous ses Pirouins écrasés.

Lorsqu’il fut arrivé en son lieu fétiche, une terrible surprise l’y attendait.

E - Voulez-vous que des enfants aient cassé les bocaux et formé une pyramide de ses Pirouins ? Lisez Muriel !

F - Préférez-vous que les Pirouins se vengent ? Lisez Claude !

Chapitre III – C (Coraline)

La progression était sûre mais lente. La troupe transportait des coquilles de noix pour la traversée des nombreuses flaques, les herbes ligneuses qu’il fallait escalader écorchaient les pieds et les mains des petits Pirouins. Tous cependant gardaient courage et chantaient en chœur l’hymne pirouin :

On a vu pire On fait jamais Ouin Et si ça empire On fait pas de tintouin

Après la troisième nuit de bivouac cependant, et comme la pluie ne cessait pas, les questions et les remarques commencèrent à fuser dans la troupe :
- C’est long, tu trouves pas ?
- On n’est pas déjà passé par là ?
- Tu sais si elle est bonne au moins la boulangerie ?
- Elle est lourde la bannière.
- Tu sais ce que ça veut dire, toi, le bulot ?

Le chef n’eut pas le temps de leur avouer qu’ils étaient perdus. Il crut qu’il était sauvé par la pluie. En effet, en un instant les éléments se déchaînèrent : le vent secoua les herbes, fit tomber les branches, l’eau déferla. Les petits Pirouins furent noyés, laminés. La bannière fut emportée dans le courant, l’azuré n’eut pas le temps de s’envoler, le bulot retrouva son élément.

Pirou était maintenant complètement aux mains des Pirouais.

Pour le pire ou le meilleur.

Chapitre III – D (José)

Arrivés à Pirou Plage, les Pirouins se mirent à la recherche de la boulangerie. La ville est grande… Les rues nombreuses… Pissedret n’en peut plus de se trouver dans cette civilisation moderne ! Ils étaient si bien dans la lande...

Mais… ils avaient besoin de force pour vaincre les Goublins. Et une légende prétendait que la boulangère fabriquait une tarte magique, la tarte aux bulots qui rendait invincible.

Enfin, voici le panneau : « boulangerie ». Mais… les voilà bien tombés « dans l’ panneau » car la boulangerie est tenue par les Goublins… qui en ont mangé de la tarte magique, oh oui qu’ils en ont mangé !

Et c’est ainsi que disparurent les Pirouins… mais, rassurez-vous, ils seront remplacés par… les Oulipiens !

Chapitre III – E (Muriel)

Au lieu de trouver sagement conservés dans des bocaux de formol ses trophées précédents, il buta sur une pyramide molle, mais lourde, d’une couleur évoquant la tourbe ligneuse des environs mêlée à de la molinie au vert si tendre : ses bocaux avaient disparu et ses Pirouins empilés formaient une sorte de chewing-gum géant.

Vert de rage – c’était la première fois que quelqu’un osait le contrarier – il se mit à hurler et à baver. Puisqu’il ne pouvait plus les écraser, puisqu’il ne pouvait plus les admirer, il décida de les bouffer tout crus. On verrait qui aurait le dernier mot ! Et il mâcha, il mâcha …

Le soir venu, comme tous les troisièmes jeudi du mois, le chef des Pirouins venant au village pour guetter les perdants du loto et leur proposer un remède contre la lotomanie, trouva sur la clairière un énorme lotus, vert, entortillé par les herbes des femmes battues : il sut que le dernier Goublin venait d’être abattu. Mais c’est quand la plante étrange l’attrapa qu’il comprit enfin pourquoi son grand-père lui parlait tant des Goublins et des Lotophages dont il devrait se méfier.

Chapitre III – F (Claude)

Les Pirouins, si petits, si dérisoires, avaient en fait de grands pouvoirs. Ils les utilisaient très peu, très rarement en fait. Parce qu’ils impliquaient toujours de grands bouleversements. Roxane, la grande magicienne du peuple pirouin, était partie dans les marais avec un chaudron. Elle rassembla là des herbes étranges, des champignons inconnus. Elle mit le tout à bouillonner dans son chaudron.

Elle fit les gestes, elle prononça les mots : « Que pour Maurice, le dimanche soit oublié ! » Un éclair mauve jaillit du chaudron. « Pour Maurice, point de lundi, ni de mardi, ni de mercredi ! Ni de vendredi, ni de samedi ! » Une pluie violente d’eau et de cendres s’abattit sur la lande. « Dans le mois, pas de première semaine, ni de deuxième, ni de quatrième ! ». La nuit se fit sur le pays. Enfin pas pour tout le monde.

Mais pour Maurice, jusqu’à la fin des temps, il n’y eut plus, de ce jour, que des troisièmes jeudis du mois.

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