Je vois dans son regard bleu azur, sa joie contenue, lorsque, tel le vent de la lande, je lui susurre au creux de l’oreille quelque mot amoureux.
Je sais que je ne pourrai me passer de respirer son odeur de bonbon de pin, lorsque je caresse de mon nez son cou long et délicat.
Je remarque sur sa pommette gauche, un grain de beauté qui rehausse l’aspect diaphane de son teint.
Je souligne sa sensibilité aux baisers qui effleurent le doux duvet de sa peau.
J’ignore si elle nourrit encore des sentiments pour son mari.
Je pense qu’une femme si belle, si intelligente, si séduisante, ne peut se contenter d’un tel homme.
Je suis sûr d’être le seul homme qui peut profondément toucher son cœur.
Je parie qu’elle n’attend qu’un signe de moi pour le quitter.
Je refuse de croire que son feu brûle pour un autre que moi.
Je sais que je me prends à rêver, je dois garder la tête froide.
Je vois un léger frémissement parcourir cette lande farouche,
Je sais que son impassibilité est feinte et que le souffle de mon approche suffit à en faire onduler la surface,
Je remarque le rose de la bruyère qui l’emporte peu à peu sur la linaigrette de vos joncs,
Je souligne votre port de tête altier, la courbe délicate de votre gorge bombée qui s’enfle encore sous mon regard
J’ignore tout des trésors qu’enferme l’écorce toujours infranchissable de votre robe.
Je pense qu’aucun autre encore n’a percé les secrets de ces paysages inexplorés
Je suis sûr que s’en exhalent des parfums entêtants, XXXXX (mirica), grande camomille, herbe humide.
Je me demande quel chemin emprunter pour m’en envoûter
Je parie qu’il n’est pas aussi inaccessible qu’il n’y paraît,
Je refuse de renoncer à le parcourir
Je vois s’amplifier le frémissement de cette lande farouche
Je vois la complexion claire, mais agressée par le soleil, de son visage
Je sais la complexitude accablante de nos exercices qui la fait hésiter
Je remarque la finesse du poignet qui rime avec l’étroitesse du bracelet de montre
Je souligne la myriade de petites taches rousses sur la peau
J’ignore son age exact et son nom
Je pense qu’elle n’a pas passé 25 ans, ou bien de très peu
Je suis sûr qu’elle dissimule un talent artistique
Je me demande de quelle matière est fait son vêtement : du fil de coton noué au crochet, sans doute
Je parie qu’elle est habitée par la nostalgie des vielles choses et vieilles coutumes
Je refuse d’imaginer un mariage conventionnel, avec hauts de formes et chapeaux volière
Je vois le clignement des yeux qui trahit le doute
Je vois la trace de ton pas qui a marqué la mousse
Je sais que ta promenade ne te conduira pas loin d’ici
Je remarque l’amplitude mesurée de ta démarche
Je souligne le parfum que tu laisses flotter dans ton sillage : tu n’es pas loin
J’ignore s’il faut que je presse l’allure ou si tu me laisseras te rattraper
_ Je pense qu’il est cruel de ta part de me mener ainsi par le col, à distance
Je suis sûr que je ne ferai rien pour me libérer de ta volonté
Je me demande si je dois accepter cet air de fragilité que tu affectes
Je parie que tu ris déjà intérieurement de mon trouble
Je refuse d’abdiquer devant cette indifférence que tu feins
Je vois clair dans ton jeu
Je vois les arbres
Je sais que tu te caches derrière
Je remarque que tu feins de ne pas me voir
Je souligne que tu as tout fait pour te rendre jolie
J’ignore si c’est seulement pour moi et si tu es sur ce chemin par hasard
Je pense que c’est tout de même beaucoup pour moi
Je suis sûr que tu n’es pas sur ce chemin par hasard
Je me demande à quoi tu penses
Je parie que c’est à moi
Je refuse que tu m’ignores
Je vois que tu me vois
Je vois que tu es telle qu’en mes rêves, ma belle…au parfum piquant d’ajoncs d’or.
Je sais que tu m’attendais là, blottie sous les pins
Je remarque quelques grains de sable au doux creux de ton épaule
Je souligne que ta beauté est inégalée de là où je viens
J’ignore si quelques galants s’empressent dans ton sillage
Je pense qu’ils auraient affaire à forte partie si j’en découvre l’existence au détour des sentiers
Je suis sûr que le seul bruit de mon arrivée suffirait à les faire pâlir et s’enfuir au-delà des mers
Je me demande la lande alentours pourra contenir le flot de sentiments qui m’envahit à te voir là, ma tourterelle, devant moi
Je parie que tu ignores quelle était mon impatience en voguant sur les flots, vers toi, mon aimée
Je refuse de penser que tu pourrais résister à la puissance infinie de mes désirs ardents
Je vois, ma douce, que tu ne sembles pas insensible à mon discours amoureux et j’en suis fort aise.
Je vois à travers les branches une lumière faisant pousser une couronne autour de tes hanches
Je sais qu’elles sont larges mais j’essaie de te le dire gentiment
Je remarque que le soleil chauffe ta peau cuivrée ; c’est parce que la terre s’est rapprochée du soleil
Je souligne que ta couronne sur ta peau n’a pas pu pousser sans eau, sans temps, sans tempo Mais
J’ignore d’où vient la musique de l’eau
Je vois dans tes prunelles le lac sombre où valsent les linaigrettes
Je sais que ton souffle m’agite comme toile d’araignée soumise à la brise
Je remarque sur tes lèvres la couleur exacte de la baie qui enivre les cerfs
Je souligne la rondeur de ton sein, bolet savoureux qu’il faut dénicher seul
J’ignore la couleur de ta chair, que je devine plus tendre que la sphaigne
Je pense que la grande camomille est moins savoureuse que le parfum de tes aisselles
Je suis sûr que le chemin que tracent tes vertèbres doit être descendu avec délicatesse
Je me demande si ton sourire promet baiser de fée ou morsure de loup
Je parie que ton désir germe et s’épanouit en fougères lubriques
Je refuse que tu te dessèches comme le touradour piétiné par les ânes
Je vois dans ton regard la brume se lever
Je vois la blancheur de ta peau aussi belle que les fleurs de la clairière
Je te sais douce comme un rayon de soleil
Je remarque la légèreté de ton pas
Je souligne la couleur de tes yeux
J’ignore ton passé
Je pense au doux moment de ta rencontre
Je suis sûr que le long du sentier les goubelins s’éveilleront à ton passage
Je me demande quelle fée t’a créée si légère
Je parie sur l’envie des autres damoiselles
Je me refuse de rêver plus belles
Je te vois belle douce et tendre pour moi seul
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