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Taxi-brousse pour Annan



Il faut bien l’admettre, il y a d’étranges coïncidences, dans la vie ! Comme si tout était gravé dans une pierre argentée...
Il y a six mois, j’ai voyagé en Annan, grâce aux conseils du Guide du routard (Le Tellier et Kuyskens). Je ne te raconte pas : le vol au-dessus du désert rouge à bord d’un vieux coucou, les turbulences, les cris d’orfraie des passagers ! Bref, aux portes d’Annan, je prends le taxi-brousse, évidemment bondé. Je remarque un compatriote, jeune homme au long nez emmanché d’un long cou, comme le héron de la Fable. Il était affublé d’une de ces ridicules coiffures que l’on vend dans les bazars du bled : devine ! Un chapeau en poils de chameau enguirlandé d’une liane tressée ! Notre voyageur s’énerve parce que son voisin lui marche sur les pieds chaque fois qu’une autochtone monte ou descend. La banquette arrière libre, il s’y installe, le butor !

Comme par hasard, deux jours plus tard, je le croise dans le souk d’Annan — le Guide du routard sous le bras — Il achetait tous les produits de "l’artisanat local " : rose des sables, pierre divinatoire, jeu du sort-l’y-laisse, plus un polo à encolure tunisienne. Après quoi, il suivit un gamin, guide improvisé, qui ânonnait la légende des murs d’Eole. Tout sourire, le môme, à l’idée de plumer pareil pigeon. Puis je le perdis de vue, mais j’étais sûr de le
retrouver un de ces jours de printemps...

Eh bien , il y a deux heures, je l’ai revu, oui, à Paris, Cour de Rome, devant la gare Saint-Lazare ! Il se pavanait avec une jolie poulette qui lui disait :

— "Tu n’aurais pas dû ajouter un bouton à l’échancrure de ton pull tunisien : ça n’a plus aucun style !

R.Q., Exercices de stèles

À la manière de Raymond Queneau.

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