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Les vers à soie (Sonnet en prose)

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Les vers à soie murmurent dans le mûrier. Ils ne mangent pas ces baies blanches et molles, pleines d’un sucre qui ne fait pas d’eau de vie. Les vers à soie sont patients et fragiles.

Ils mastiquent les feuilles avec un bruit humide. Ça les endort, mais, autour de leurs épaules, ils tissent un cocon rond aux deux bouts, à fil de bave, puis dorment rassurés.

En le dévidant on tire un fil de soie, dont on fait pour une belle dame une robe, belle également, qu’elle porte avec distinction.

Quand la dame meurt on enterre le tissu avec elle, et on plante, sur sa tombe, en novembre, un mûrier où, sans fin, les vers à soie murmurent.

Jacques Roubaud, Vaugelas et Alain Chevrier