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Le ver à soie



Jamais ne te puisse fâcher
Muse, de chanter le murmure
D’un ver petit dont la dent dure
Jamais ne cesse de mâcher :
D’un ver tissant, d’un ver filant,
D’un ver bavant à fils de soye
Tout en mastiquant la fueilloie
Du mûrier vert dont le fruit blanc
Est plein d’un sucre qu’on distille
Sans qu’il ne donne d’alcohol,
Mais dont la feuille fait le sol
Qu’un soyeux vermisseau mordille,
Avant de tisser son cocon
Dont il arrondit les deux pôles
Autour de ses piètres épaules.
Si s’endort dans le doux flocon
Fort asseuré de son repos,
Pour que le magnanier avide
Sache qu’il est temps qu’il dévide
La pelote de son enclos,
Et pour montrer au tisserand
Qu’il peut faire une belle robe
Avec le fil qu’il lui dérobe
Et que jamais il ne lui rend.
La belle dame qui s’en vêt
Et la porte avec gente allure
Ignore de quelle brûlure
Vient l’étoffe de son duvet
Et voudroyt la garder toujours
Niant ce que lui dict Mémoire
Qui sait bien qu’Atrope la Moire
Va couper le fil de ses jours.
Si quand arrive son trépas
C’est avec sa robe princière
Qu’on l’enterre dans la poussière
Où pourriront tous ses appas,
Et sur sa tombe un mûrier vert
Sera planté au mois d’Octobre
Comme un honneur discret et sobre
Au murmure sans fin du ver.

Jacques Roubaud + Rémy Belleau = Jacky Roubelleau


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