Accueil Les oulipiens de l’année Crochet à goutte d’eau
Le crochet à virgule

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Le texte est compact, à peau lisse de caractères abscons. Superbe répulsif.
Parfois pas la moindre amorce de compréhension.
Pas le moindre trou pour enfiler un sens.
Pas la moindre prise pour l’intellect.
Il tombe le morse.
Et son titre pourrait être : « La voie du bout qu’il y est ! »
 
Lorsque l’épisode est vertigineux et que tout usage de traduction et tout moyen de progression sont impossibles,
Il reste un moyen. Unique. Ultime.
La réserve des grands cas.
 
Vous prenez un crochet à virgule.
C’est un simple crochet à pétales, pointu et acéré.
Un hameçon cosmopolite.
Vous le posez sur la première virgule qui saille.
Voilà, vous la tenez.
À l’extrémité inférieure du crochet, vous suspendez une petite échelle de soie de trois marches.
Vous respirez.
Vous posez l’intellect sur la marche inférieure.
Et vous chargez lentement tout le poids de votre intelligence sur cette mince margelle.
Très lentement. Tout geste brusque peut faire déloger le crochet de sa maigre encoche.
Progressivement, votre entendement se déplace à l’aplomb du crochet.
Au fur et à mesure, le crochet enfonce sa pointe dans le texte et se trouve consolidé.
Encore plus lentement vous vous élevez.
Le texte est à vous, vous y pénétrez.
L’air ivre.
 
Extrait de "Le salon de Münchhausen"

Par hzenon