Accueil Les oulipiens de l’année Crochet à goutte d’eau
Excuse à la noix

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Le visage est compact. Lisse. Fermé.
Parfois, pas le moindre sourire pour le barrer.
Pas le moindre espoir de lui dérider l’œil.
Pas la moindre indulgence pour l’amadouer.
Il bombe le torse.
Il s’appelle The Boss, le patron.
 
Lorsque vous êtes en défaut et que toute explication raisonnable et rationnelle est impossible,
Il reste un moyen. Unique. Ultime.
La réserve des grands cas.
 
Vous prenez une excuse à la noix.
C’est un simple mensonge, hypocrite, éhonté.
Un hameçon à patron
Vous la servez lorsqu’on vous laisse la parole
Une toute petite seconde
Voilà, c’est dit.
À partir de cette excuse, vous préparez une petite explication de trois phrases.
Vous respirez.
Vous prononcez la première phrase.
Et vous chargez lentement tout le poids de votre faute sur cette mince idée.
Très lentement. Toute parole brusque peut faire perdre à l’excuse son maigre crédit.
Progressivement, votre erreur se trouve dépendre entièrement de l’excuse.
Au fur et à mesure, l’excuse s’enfonce dans le cerveau du chef et se trouve consolidée.
Encore plus lentement, vous prenez de l’assurance.
Évitez à tout prix de regarder votre interlocuteur dans les yeux.
Et là, l’air vibre.