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Appap, sweepstake pétrifié



Cinq sèches journées de chameau nous ont menés à la vallée d’Appap, capitale du Vent Éternel. Le gaz en mouvement infini charrie des bouquets d’erg et de plage, et convoie une fine poussière aux coloris grège-rouille qui finit par tacher et imbiber chaque vêtement. Son vacarme entêtant ne s’arrête jamais, au point d’exclure tout dialogue dans la rue. Le Manuel de la Rose des Sables raconte que si le sirocco devait cesser d’ululer, les murailles de toutes les villes d’Appap s’écrouleraient.
En Appap, au lendemain de la première pluie qui commence le printemps, l’enfant qui va avoir quatre ans dans l’année choisit au hasard un caillou empli d’argent au milieu d’un sac toilé.
En cette pierre est imprimé son formel devenir d’adulte. Le sort désigne aussi bien son futur métier, l’identité de son conjoint, le nombre de ses gosses que la date de sa mort. Certains destins sont agréables et moelleux, d’autres effrayants de médiocrité, ou encore orageux et meurtriers. Mais aussi terribles soient-ils, les différents citoyens d’Appap s’y plient à la lettre, sans amertume ni révolte.
Nous avons fait part à notre guide de notre hébétude. Il a souri.

— Subir le plus tragique des destins n’est rien, si l’on n’est pas coupable de son malheur accepté.

Sans son titre, ce texte comporte 999 lettres comme l’original, mais respecte scrupuleusement les fréquences moyennes des lettres en français, comme les calcule cette page Web. Le titre de 23 lettres (comme l’original) permet à l’ensemble d’être un pangramme.

Gilles Esposito-Farèse a aussi écrit


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