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Annan, la pierre qui scelle son sort



Annan apparaît après deux épuisantes journées sous un vent violent.
Alternativement couverts de dépôts désertiques et fragrances marines,
nous nous retrouvons sous un véritable vernis vestimentaire zinzolin.
Assourdissant, ce chuintement continuel empêche les palabres,
recouvrant toute voix. Dans le livre Manuel pour Rose Sablonneuse se
trouve un verdict vertigineux : arrêtez ce chinook, et les murs
partout tomberont.
À Annan, au début du pluvieux printemps, quelque rite sacré se tient
traditionnellement. Âgés de dix étés, les mômes prennent
respectueusement une vénérable zéolithe. Ensuite ils lisent mille
prophéties qui recouvrent sa scintillante surface. Ces clauses
conservées dans la pierre scellent toute une vie : activités,
conjoint, enfants et même mort sont totalement verrouillés. Certains
destins deviendront doux et heureux, mais parfois terriblement vides ;
plus rarement sanglants, tumultueux, violents. Aucune aversion
cependant, chacun, enfant, femme, homme, respecte scrupuleusement son
sort.
Comment font-ils, interrogeons-nous, pour se soumettre tellement
tranquillement ? Amusé, le mentor nous répond sentencieusement :
– Accepter ce cruel destin est facile lorsqu’on se sent seulement une
vertueuse victime.

(Cités de mémoire ; Hervé Le Tellier ; 2003 ; Berg International)

Dans chaque phrase les mots sont dans l’ordre alphabétique.

Nicolas Graner a aussi écrit


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