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Ann ou le sort de roc



Trois chauds jours de trek pour voir le val d’Ann, le coin-du-vent-sans-fin.
L’air, qui se meut tout le temps, y sent à la fois l’erg et la mer. Il est tout plein de fins
grains roux et ça se met sur les frocs, les tee-shirts. Ça craint.
Et ce vent ! Dans la rue, pas un mot n’est dit, car nul n’est ouï (c’est bien dit, ça, hein ?)
Là-bas, ils croient que s’il n’y a plus de vent, tous les murs vont choir d’un seul coup.
Fin mars, en Ann, un jour qu’il pleut, tous ceux qui ont dix ans sont pris la main dans le
sac.
Tour à tour, au pif, on en sort un roc d’or. Sur ces rocs, les bleus voient leurs sorts de
grands : leur job, le nom de leur meuf ou de leur mec, leurs schtroumpfs, le jour de leur
mort. Il y a des sorts très doux, des chiants, et des plus durs. Mais bon, c’est la vie, et
les gens d’Ann s’y font, sans heurt et sans clash.
– Ah ben ça, c’est fou ! a-t-on dit au gars qui nous a pris tant de fric pour qu’on soit là.
Il a ri.
– Bof ! Si j’ai le plus nul des sorts, je m’en fous pas mal, tant que je sais que je n’y suis
pour rien !

(Zup & Co – H. Tell – Deux mil deux - Berg)

Monosyllabes.


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