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Alexandrins blancs



En s’en allant de là et en marchant trois jours vers le levant, enfin
l’homme atteint Diomira, une ville comptant cent coupoles d’argent,
des effigies d’airain de tous les dieux connus, des rues pavées
d’étain, un théâtre en cristal, un coq en or chantant le matin sur sa
tour. Ces beautés sont déjà connues du voyageur qui les a vues aussi
dans beaucoup d’autres villes. Mais il n’y a qu’ici que, si l’on y
arrive en septembre, le soir, quand les jours raccourcissent et que
tous les lampions s’allument à la fois devant les friteries, et que
d’une terrasse on entend une voix de femme crier : hou !, on en vient
à envier ceux qui à présent pensent qu’ils ont déjà vécu une soirée
pareille et qu’ils avaient été cette fois-là heureux.

Italo Calvino, Les villes invisibles,
traduit de l’italien par Jean Thibaudeau (Seuil).

Alexandrins blancs.

Nicolas Graner a aussi écrit


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