Zazie Mode d'Emploi
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À vous de choisir !



Trois suffocantes journées de chameau nous ont conduits…

- dans la vallée d’Annan, pays des vents Eternels.
- dans la nécropole de Bazerladjou
- au milieu de nulle part


… dans la vallée d’Annan, pays des Vents Eternels. L’air toujours
en mouvement charrie des effluves de désert et de mer, transporte une
fine poussière couleur rouille qui finit par imprégner chaque vêtement.
Son sifflement…

- ne s’arrête jamais
- est imperceptible à l’oreille humaine
- rend fou tout étranger à la vallée d’Annan


… dans la divine nécropole de Bazerladjou. Hadjid, le guide, était
terrifié. Sur les murs, des signes étranges et dans l’air, un
lancinant bourdonnement. Depuis toujours, disait Hadjid, la nécropole…

- est hantée par le fantôme d’un roi païen
- est le repaire de Leila Aicha, une prostituée guérisseuse
- est un lieu de rassemblement pour soirées gothiques


… au milieu de nulle part. L’air était suffocant et mon compagnon de
route souffrait d’une terrible indigestion, l’obligeant sans cesse à
exposer sa face cachée aux vicieux rayons du soleil. Hadjid, notre guide
était un incapable qui m’inspirait une envie saisissante de…

- lui botter les fesses
- fuite
- pop corn


…son sifflement lancinant ne s’arrête jamais, au point d’interdire
toute conversation dans la rue. Le Manuel de la Rose des Sables raconte
que si le vent devait cesser un jour de souffler…

- les murs de toutes les villes d’Annan s’effondreraient
- les conversations de rue reprendraient et provoqueraient une hausse de
la criminalité

- ce serait le signe du retour d’Elvis et de Dorothy Gale


…son sifflement est imperceptible à l’oreille humaine. C’est
pourquoi, afin de prévoir les tempête, les habitants de la vallée
d’Annan ont dressé, de génération en génération, une race de chiens
« pisteurs de vents ». En Annan, au jour de la première pluie de
printemps…

- un concours de chiens « pisteurs de vent » est organisé
- une vierge est livrée au Dresseur de Chiens
- ça sent atrocement le chien mouillé


… son sifflement rend fou tout étranger à la vallée d’Annan. Nous
nous y rendons avec confiance, ne prêtant aucun crédit à cette légende
rurale : mon compagnon de route est à moitié sourd, quant à Hadjid,
notre guide, il est à moitié originaire de la vallée d’Annan. Moi,
parcontre, je suis à moitié…

- écrivain
- prêtre
- fou


… la nécropole était hantée par un roi païen, ayant transformé sa
cour en une armée de momies épileptiques. On peut l’entendre hurler
ses ordres à ses sujets et armée jour et nuit. Chaque premier jour de
pluie de printemps, le fantôme du roi païen…

- enlève un enfant de moins de 10 ans pour en faire son disciple
outre-tombe

- cesse de pousser ses cris et sifflements provoquant le légendaire vent
éternel de la vallée d’Annan

- passe en revue la tenue réglementaire de ses momies


… la nécropole est le repaire de Leila Aicha, prostituée guérisseuse,
dont les méthodes sont toujours restées secrètes. C’est pour ça que
je m’y rends, un mal de dos difficile à guérir, vous comprenez… On
ferait n’importe quoi pour cesser de souffrir. Chaque premier jour de
pluie de printemps…

- ses méthodes sont d’autant plus efficaces
- elle propose des séances outdoor avec massage thalasso
- elle organise une journée portes ouvertes


… la nécropole est un lieu de rassemblement pour soirées gothiques.
Les participants sont généralement d’anciens Templiers ou des jeunes
de la vallée d’Annan. Notre guide nous l’a conseillé car
l’événement est très fashion. Surtout que chaque premier jour de
pluie de printemps…

- le rassemblement se termine en soirée mousse et les participants se
déshabillent pour un démaquillage intégral

- ils tentent de réveiller le roi païen qui hante ces lieux
- il y a un concert de Marylin Manson


… une envie saisissante de lui botter les fesses. Hadjid est un molasson
pas foutu de trouver son chemin, et nous sommes plantés au centre d’un
désert sableux et pierreux, le nez et le gosier sec à nous demander si
nous sortirons de cet enfer. Pourtant, Hadjid nous a juré que le premier
jour de pluie du printemps…

- était proche
- nous pourrions observer la migration des dromadairevich-tourneurs
- était toujours précédée de grosses chaleurs provoquant mirages et
virages


… une envie saisissante de fuite. J’ai un peu la crainte que ce bougre
de Hadjid ne veuille nous détrousser ou ne nous entraîne dans un piège.
Déjà qu’il a probablement volé les appareils auditifs de mon
compagnon de route… Nous tournions en rond depuis des lustres alors que
Hadjid nous avait certifié que le premier jour de pluie du printemps :

- était proche
- nous pourrions observer la migration des dromadairevich-tourneurs
- était toujours précédée de grosses chaleurs provoquant mirages et
virages


… une envie saisissante de pop corn. Il faut me comprendre. Sur nos
chameaux avec nos foulards sur la tête, on se serait crus tout droit
sortis de Lawrence d’Arabie ! Qui dit Lawrence d’Arabie dit cinéma,
qui dit cinéma dit… pop corn. Bon, le coca avec, surtout. Et peut-être
bien la glace. Un Magnum 100% chocolat. Je n’en peux plus, surtout
qu’on ne voit rien venir alors que Hadjid nous avait promis que le
premier jour de pluie…

- était proche
- nous pourrions observer la migration des dromadairevich-tourneurs
- était toujours précédée de grosses chaleurs provoquant mirages et
virages


…un concours de chiens « pisteurs de vent » est organisé. Chaque
dresseur tire au sort une pierre d’argent dans un petit sac de toile qui
déterminera quelles seront les épreuves à accomplir par son chien.
Certaines seront faciles, d’autres terribles. Mais le plus courageux et
le plus efficace recevra la place de pisteur en chef, apportant honneur et
gloire dans la maison de son maître pendant un an.
Nous nous sommes étonnés de cette étrange coutume, après tout, si un
vent ne s’entend pas, il peut tout de même se sentir… Notre guide a
souri, incertain, en reniflant l’air chaud du désert. Je me suis
tourné vers mon compagnon de route en soupirant :
– Subir le plus tragique des destins n’est rien, si l’on se sait
innocent de son propre malheur.


… une vierge est livrée au Dresseur de Chiens, grand sage nommé par
ses pairs, et vénéré par les gens de la vallée d’Annan.
Généralement, les jeunes filles tirent au sort une pierre dans un sac de
toile, celle qui tire la pierre en argent est celle choisie par le destin.
Les cris d’effroi ne manquent pas mais on raconte que l’an
précédent, refusant ce chemin tout tracé, la dernière vierge aurait
réglé son compte au Dresseur de Chiens. Depuis lors, elle aurait pris sa
place et choisirait chaque année un étranger pour assouvir ses pulsions
les plus perverses.
J’observe mon compagnon de route, qui semble inquiet.
Notre guide sourit et dit :
– Subir le plus tragique des destins n’est rien, si l’on se sait
innocent de son propre malheur. (Et puis il parait que c’est un bon coup
 !)


… ça sent atrocement le chien mouillé. Si bien que c’est le seul
jour où les chiens ne sont pas utiles pour leur ouïe mais pour leur
odeur. Les villageois sont rassemblés et doivent se saisir d’un des
pince-nez distribués dans un sac de toile. Celui qui tire le pince-nez en
argent est nommé responsable du toilettage pour un an.
C’est justement en ce jour que nous arrivons et pouvons apprécier les
subtiles fragrances de la faune locale (pas seulement celles des chiens,
il faut le reconnaître).
Hadjid, notre guide, sourit en voyant notre mine dégoûtée et dit :

— Accomplir la plus basique des besognes n’est rien, s’il l’on est
inconscient de sa propre odeur…


…En Annan, au jour de la première pluie de printemps, l’enfant qui va
avoir dix ans dans l’année tire au hasard une pierre d’argent hors
d’un sac de toile.
Sur cette pierre est gravé son devenir d’adulte. Le sort désigne aussi
bien son futur métier, l’identité de son compagnon ou de sa compagne,
le nombre de ses enfants que la date de sa mort. Certains destins sont
heureux et doux, d’autres d’une effrayante banalité, quelques-uns
enfin tumultueux et sanglants. Mais aussi terribles soient-ils, tous les
citoyens d’Annan s’y conforment à la lettre, sans amertume ni
révolte.
Nous avons fait part à notre guide de notre étonnement. Il a souri.
– Subir le plus tragique des destins n’est rien, si l’on se sait
innocent de son propre malheur.


…les conversations de rue reprendraient et provoqueraient une hausse de
la criminalité. Les querelles de voisinage, les commérages, les
bavardages, les badinages, puis les chapardages, les maraudages, les
bizutages, les cambriolages, l’espionnage, le droit de cuissage, les
braquages, les chantages, les pillages… le chômage… bref, un vrai
carnage ! Ce vent qui soufflait était un vent de paix…
Mon compagnon de route et moi nous sommes recueillis devant le discours
engagé de notre guide qui, finalement, affirma en souriant :
– Commettre le pire libertinage n’est rien, si l’on est innocent de
son propre langage.
(Dommage, nous n’avons rien compris à ses babillages)


…ce serait le retour d’Elvis et de Dorothy Gale, on les verrait
apparaître, somewhere over the rainbow, le ciel bleu, les nuages loin
derrière, tout le monde aura la fever, il n’y aura pas de conversation
rien que de l’action, on boira dans du fer blanc, on s’aimera
tendrement, on mangera du lion, à notre façon, tous, épouvantails,
magiciens, humains, gredins,… Comme dans un rêve.
Notre guide avait les lèvres humides de salive et les mains tremblantes.
— Mieux vaut taire ces rêveries, mon ami, si vous ne voulez éveiller les
soupçonneux esprits.


… je suis à moitié écrivain. Mon autre moitié est délirante
suicidaire. Je me fiche de devenir fou, je le suis déjà. A moitié,
quoi. Puisque mon autre moitié est écrivain. D’ailleurs, si cette
histoire ne me rend pas complètement fou, je pourrai la raconter.
Peut-être en l’embellissant un peu. En disant qu’à notre arrivée,
nous nous sommes aperçus de la précarité de la gent masculine, qu’il
m’a fallu m’intégrer aux coutumes locales, me prêter à la
fertilisation pour assurer la pérennité de leur culture. Il faut
toujours un peu de sexe pour faire fonctionner les histoires. Juste un
peu, si j’en dis trop, je risque peut-être de me griller. Si je raconte
qu’elles ont dû tirer au sort celle qui profiterait de mes faveurs (un
petit caillou argent, dans un sac de toile ?) et aurait son avenir tout
tracé, je serais sans doute peu crédible.
Quand je lui ai demandé, à mon guide sub-saharien, s’il y aurait des
jolies filles, il m’a dit :

— Tu verras toujours ce qu’il y a de mieux, si tu apprends à quel
moment il faut fermer les yeux...


… je suis à moitié prêtre. A moitié, parce que je n’ai pas encore
prononcé mes vœux. Chasteté ou liberté, piété ou mont de piété,
messe ou fesse, communion ou illusion… Je ne sais pas ce que je veux.
C’est pour ça que je suis ici. Il paraît que le premier jour de pluie
de printemps, c’est un peu le jour des révélations. On tire sa vie au
sort, comme un billet de loterie. On décide de croire, ou de ne pas
croire. De boire, ou de ne pas boire. On s’envoie en l’air ou au
paradis. Au purgatoire ou en enfer, on choisit. On décide ou on subit.
Quand j’ai demandé l’avis de Hadjig, notre guide il a sourit et m’a
dit :

— Amen, mon frère !


… je suis à moitié fou, moitié poète

Vallée d’Annan, je
Te couvre, découvre, couve
Mes rêves noyés

Sur la toile ou bien dedans
Amour en argent
Le jeu fait semblant

Je mine de rien
Je rime de rien
Oui, j’essaie tout simplement

Marmonnant, mon guide m’entend. Se moque entre les dents.

— C’est rien, mon pote : je suis à moitié poète, j’haïkuse le
coup.


...le rassemblement se termine en soirée mousse et les participants se
déshabillent pour un démaquillage intégral. Là, vraiment, j’ai
l’impression que c’est un sacré piège à touristes. Des gothiques
dans une vieille nécropole, ok, mais qui se foutent à poil, là, je dis
non ! Je le dis à Hadjid, que je n’y crois goutte. Il me promet que si,
on y voit tous les people, et la star du jour est tirée au sort dans un
sac de toile. Genre bingo academy. L’an dernier, c’était Loana du
loft. Et puis il s’est un peu emporté :

— Et si tu me crois pas, je t’emmerde avec un grand A !


…ils tentent de réveiller le roi païen qui hante ces lieux. Pour ce
faire, notre guide nous donna la recette de la baguette incantatoire :
Trouve un jeune rameau de coudrier (noisetier) fourchu en son extrémité.
Au lever du soleil et par un jour de pluie, coupe-le de l’arbre de la main
droite en disant : " Ô grand Adoshem, Eloïm, Ariel et Jéhova ! Donne à
cette baguette la vertu et la sagesse de Moïse et de Jacob pour me montrer
tout ce que je voudrais voir."

Maintenant, il parait que c’est très risqué… Le proverbe dit :

— Si le roi païen est mal luné, mieux vaut savoir où ton chameau est
garé !


… il y a un concert de Marylin Manson. On ne gagne des places que par
concours avec tirage au sort… Il parait qu’il exhibe sa langue coupée
à la fin et que…

— Mais franchement ? Ca vous intéresse un concert de Marylin Manson, vous
 ?


… ses méthodes sont d’autant plus efficaces. On se rend auprès
d’elle comme on fait un pèlerinage à Lourdes ou Compostelle. On boit
ses potions telle de l’eau directement sortie du bénitier de Leila
Aicha. Une vraie histoire de Saints. De quoi les faire damner tous. Pire
qu’une descente en enfer. Mais vous le savez, ses méthodes restent
très secrètes. Seuls ceux qui en ont bénéficié en connaissent la
réelle teneur. Splendeur, horreur, vigueur, ampleur… Des plus légères
aux plus radicales, des plus douces aux plus violentes, des plus
désespérées aux plus inespérées… Tous se soumettent aux traitements
de Leila Aicha sans heurt ni hésitation…

— Avaler le plus infect médicament n’est rien, si de Leila Aicha on
peut respirer l’odeur.

(Petit voyeur !)


… elle propose des séances outdoor avec massage thalasso.

Voir ici
et ici.


… elle organise une journée portes ouvertes. Porte de la gloire, porte
du soir. Porte cochère, porte à glissière. Porte à faux, porte patio.
Porte coulissante, porte vitrée, porte blindée, porte plaisance, porte
pêche, porte à quatre, trois, quatre, cinq portes, contre-porte, porte
Illon, porte st-Cloud, porte de devant, porte fenêtre, porte hier, porte
ail, porte à porte, porte avion, porte clés, porte bonheur, porte
documents, porte feuille, porte drapeau, porte cigarette, porte
jarretelles, porte huguaise, porte mine, porte rai, porte salut, porte
plume, porte parole, porte savon, porte ô, porte table…

— Toutes, je vous dis, elle les ouvre toutes…


…enlève un enfant de moins de 10 ans pour en faire son disciple
outre-tombe. On est bien d’accord, mon compagnon de route et moi-même,
pour se dire que c’est quand même un peu sans gêne, quand on sait les
efforts entrepris pour favoriser le commerce équitable. Et en voilà
encore un qui fait son vogel-pick, limite esclavagisme. Ok, c’est le
destin, tout ça. Mais il est un peu hors du coup, ce vieux fantôme…
Les pressions, le harcèlement moral, tout ça, pas facile quand on a 10
ans…
Mais Hadjid, notre guide, affirme que les familles et éventuels kids
nappés acceptent leur sort sans broncher.

— En plus, il parait qu’il emploie au régime 35h…


… cesse de pousser ses cris et sifflements provoquant le légendaire
vent éternel de la vallée d’Annan.

— Et ça nous fait des vacances. Fichues nuisances sonores !


…passe en revue la tenue réglementaire de ses momies. Toutes en rang,
squelette au garde-à-vous. Règlement : bandelettes non décousues et
rapiécées, tic tac pour l’haleine (avec ce vent, trop risqué de se
faire repérer), cure de calcium pour les ostéoporotiques, cheveux en
ordre, dents fixées. Chaque écart de conduite est sévèrement puni. Le
grade de chacune est décidé au gré du hasard, par le choix d’un
osselet (généralement perdu et non retrouvé par le propriétaire) dans
un sac de jute. Et c’est du sérieux :

— Pas question de broncher ou de ronchonner, sinon, c’est direct au
compost !


… était proche. Oui, nous nous étions enfuis mais pas pour mourir
cuits et recuits sous le toaster solaire. Choisir entre la prison et la
liberté semble facile, lorsqu’on vous fait miroiter l’espoir au bout
du nez. On vous laisse tirer votre vie au sort, comme Hadjid l’ermite
l’a fait. On prend le risque, on décolle. On accepte, ou on accepte
pas, le sort est là. Hadjid nous a ouvert la porte, et là, il la
referme, petit à petit. Où sont les filles, l’or et l’oasis ? Où
est l’eau du ciel, au goût de miel ? Je perds les pédales, j’ai la
dalle, j’ai pas choisi, de vivre ici. Hadjid, bon dieu, c’est quand le
bonheur ?

— Subir le plus tragique des destins n’est rien, si l’on se sait
innocent de son propre malheur.

Suis pas un foutu d’innocent, moi, Hadjid…


… nous pourrions observer la migration des dromadairevich-tourneurs [1]. Un événement unique digne du national geographic. J’avais les
boules, ça ne tournait plus rond, et là, c’est un moment que
j’attendais depuis longtemps, une besoin d’entrer en communion
solennelle avec la nature, me retrouver dans la vacuité insondable de mon
sub-conscient inconscient, de trouver mon surmoi au milieu du désert
sub-saharien où rien n’est comme ci ou comme ça. Besoin de me la jouer
touriste astronaute au milieu du désert. Mais sans l’argent, juste le
hasard et le vent. J’ai trouvé Hadjid le fou, lui ai sorti mon discours
métaphysico-analytique, il m’a cru pour les dromachins, et il avance…
Ca va, Hadjid ?

— Subir le plus tragique des destins n’est rien, si l’on se sait
innocent de son propre malheur.

Non, parce qu’il avance, Hadjid.


… était toujours précédée de grosses chaleurs provoquant mirages et
virages. Pour ça que ma vie est un foutu miroir déformant. Dans ma
vallée, on tire au sort un petit caillou, foutu caillou d’argent. On le
tire au sort, oui, et on fait tout ce qu’il nous dit, on épouse la fille
du berger, on mange que du poulet, on taille l’os pour en faire des
aiguilles ou on reste seul, on se suicide ou on prie. On dit que tout le
monde accepte ça sans rien dire mais pas moi… moi je file, je veux
faire du cinéma, ou travailler dans un club à Djerba. Je veux rêver,
pas subir. Je veux couper le vent en deux. Et si j’y reste, tant pis.
Moi, je demande pas mieux que les mirages et les virages…

— Subir le plus tragique des destins n’est rien, si seulement on en
choisit la couleur…

D’après le "Conte à votre façon" de Raymond Queneau.

Notes

[1
Le dromadairevich-tourneur vit dans les régions sub-sahariennes. L’animal
passe son temps à tourner, en rond, en carré, en hélice, en spirale. Une
fois qu’il a commencé, ce n’est plus possible de l’arrêter, c’est un
cercle vicieux. Il ne cesse qu’à une occasion : parfois pour s’amuser, un
homme du désert - le chameau ! - l’interpelle du haut de son chameau et
lui demande si ça roule. Le dromadairevich-tourneur fait un
roulé-boulé. Il tombe et se fait une bosse. Et la caravane passe...
© Loupbleu 29/08/06


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